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Esprit es-tu là ?

Une 911 à quatre portes : un vieux serpent de mer devenu enfin réalité. Un moyen pour Porsche de retenir sa clientèle la plus versatile.
Est-ce une Porsche ? Revenant en boucle comme une fixette, cette question taraude les ingénieurs de la maison souabe. Derrière un enthousiasme de façade, le champion de la rentabilité tremble. Première berline de l’histoire de la marque, la Panamera arrive dans un contexte particulier : ventes en berne et ambiance plombée par l’affaire du rapprochement avec VW devenue un règlement de compte familial. C’est donc peu dire que la firme de voitures de sport allemande joue son honneur et une partie de sa profitabilité dans ce programme où elle a investi un milliard d’euros.
Côté style, l’ADN Porsche est respectée mais les proportions déroutent, flirtant avec les cinq mètres de long et les deux mètres de large. La Panamera, c’est en fait une 911 rallongée et dotée de deux portes supplémentaires. Originalité des coupés à moteur avant de la marque (924, 928, 944 et 968), le hayon, ici à assistance électrique, refait son apparition au profit d’une fonctionnalité. L’espace de chargement de 445 litres, porté à 1 250 litres en escamotant les sièges arrière, permettra ainsi de loger les bagages de quatre personnes.
Malgré la clé de contact toujours située à gauche du volant, des cadrans rappelant la 911 et une position de conduite excellente, un porschiste convaincu sera désorienté par la présence d’une imposante console centrale regroupant une multitude de commandes, façon aviation, et courant jusque entre les deux baquets arrière. Ces derniers, très abaissés pour loger le gabarit de l’ancien président de la marque, limitent la visibilité vers l’avant. Quant au conducteur, il devra composer avec une rétrovision médiocre. Un obstacle contourné en confiant le volant à un chauffeur. Dans ce cas, il sera possible, depuis l’arrière, d’avancer le siège du passager avant pour étendre ses jambes. La Panamera répond aux standards du luxe tant en matière de qualité que de variété de combinaisons de cuir et de décorations (laque piano, carbone, bois, aluminium brossé). Mais, comme souvent chez Porsche, la liste des options aussi épaisse qu’un bottin frise l’indécence. Si une Turbo correctement équipée frôle les 150 000 euros, les radars de recul indispensables (478 euros), les sièges à mémoire (364 euros) ou l’échappement sport (2 619 euros) font partie des mesquineries dont on se passerait volontiers.

Les habitués de la 911 seront bluffés par l’équilibre du châssis (deux ou quatre roues motrices), qui fait oublier le poids et le gabarit sur les routes de campagne, et la stabilité à très haute vitesse. De ce point de vue, la Panamera mérite son blason. Mais, il faut l’admettre, ces performances incroyables,- le 0 à 100 km/h est franchi en seulement 4,2 secondes avec la Turbo -, s’accompagnent d’une absence de sensations. La Panamera, une version 2S remplit déjà aisément son office, est un formidable outil pour abattre les kilomètres dans un confort souverain, grâce notamment à la suspension pneumatique et au système antiroulis actif (4 365 euros), mais il lui manque une dimension plaisir, celle qui fait que l’on regarde la 911 différemment des autres. Voiture à conduire ou voiture avec chauffeur, le débat n’est pas tranché. Mais le simple fait de poser la question est le signe que la Panamera appartient à une nouvelle race de Porsche.




Fiche technique

Moteurs : V8 atmo et turbo, 4 806 cm3, 400 et 500 ch, et 500 et 700 Nm de couple.
Transmission : 6 rapports ou PDK 7.
Dimensions : L. 4,97 m, l. 1,93 m, h. 1,41 m.
Consommation : 10,8 et 12,2 l/100 km.
Emissions CO2 : 253 et 286 g/km.
Vitesse : 283 et 303 km/h. Prix : à partir de 96 133 euros.








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