Imprimer les Ferrari spéciales de Pininfarina

La récente présentation de la P540 Superfast Aperta rappelle que le carrossier turinois Pininfarina sculpte des Ferrari depuis longtemps à la demande d’une clientèle exigeante et avide de distinction. Voyage dans l’intimité de ces Ferrari sur-mesure renvoyant à une tradition artisanale héritée des années 30.


Quels points communs entre la princesse Lilian de Rethy, Sadruddin Aga Khan, le roi Leopold III de Belgique, le prince Bernhard des Pays-Bas, le prince Bertil, duc de Halland et fils de Gustave VI Adolphe Roi de Suède, Le Shah Reza Pahlevi d’Iran, Haji Hassanal Bolkiah Mu'izzaddin Waddaulah, l’Empereur du Vietnam Bao Daï, Ingrid Bergman, Giovanni Agnelli, Fred Lip, le champion de l’horlogerie de Besançon, le Japonais Yushiyuki Hayashi, et les Américains James Glickenhaus et Edward Walson ?

Une surface financière confortable mise au service d’une imagination débordante sinon débridée, une propension à franchir les limites du vraisemblable,  à des caprices par milliers, des fantasmes à assouvir, et une passion immodérée pour les belles automobiles, les Ferrari en particulier. Mais, pas n’importe lesquelles. Ces têtes couronnées, chefs d’Etat, acteurs, industriels et hommes d’affaires pour qui rien n’est trop beau pour étancher leur soif d’individualité ne jurent que par des Ferrari « sur mesure », c’est-à-dire des modèles estampillés « exemplaire unique » car conçus selon leurs propres desiderata par les plus grands carrossiers italiens.

Tout débute dans les années 50. La production des Ferrari est largement dépendante des demandes particulières d’une clientèle aisée impressionnée par les succès sportifs de la jeune entreprise italienne. La grande série n’est pas d’actualité à Maranello et pour assurer la pérennité du département compétition, suprême préoccupation, Enzo Ferrari n’hésite pas à accorder la politesse à toutes les exigences.
Dans la pure tradition des années 30, où l’on achetait souvent son châssis nu chez le constructeur, les carrossiers Ghia, Vignale, Touring, Pininfarina sont mis à contribution. Revisiter l’histoire nous amène aussi à constater, qu’à part quelques exemples isolés, Ferrari est, depuis 50 ans, la seule marque à engendrer des modèles sur-mesure. Les premiers clients de la liste, aussi surprenant que cela puisse paraître, sont des chefs d’Etat et des monarques : l’Argentin Juan Peron, le Vénézuélien Perez Gimenez, Mohammed V, roi du Maroc, Leopold III.
Les femmes ne pas non plus exclues de ce cercle d’éclairés. Lilian de Rethy, la plus assidue avec au moins trois Ferrari carrossées spécialement pour elle, entre 1953 et 1967, sans compter celles de son mari, le roi des Belges, n’hésitera pas à s’impliquer personnellement dans leur construction.
Dans ses Mémoires, Enzo Ferrari dit « que c’est une femme très belle et très vive avec une personnalité très colorée, j'avais l'impression qu'elle savait ce que toutes les femmes savent, mais en mieux ! »



La princesse de Réthy s'est impliquée personnellement dans la réalisation de la 330 GTC, effectuant plusieurs voyages en Italie chez Ferrari et Pininfarina. 

Offrir une Ferrari sur-mesure est aussi une déclaration d’amour. 

Le cas de Roberto Rossellini qui fait exécuter une berlinette 375 MM par Pininfarina pour son épouse Ingrid Bergman. Peine perdue,
la belle suédoise ne prendra jamais livraison de ce chef d’œuvre exposé au salon de Paris de 1954.



Dans le clan Aga Khan, la princesse Sadruddin sera beaucoup plus réceptive aux cadeaux de son mari. L’une de ses premières Ferrari, une 250 MM de 1953, est revêtue d’une sellerie en peau retournée réalisée par Hermès. Sur son cabriolet 250 GT de 1957,  c’est un cœur scellé qui ornait la console centrale !

Toutes les réalisations témoignent d’un souci de personnalisation poussé à l’extrême.
Chaque exécution pour le roi des Belges reçoit un chronomètre et un altimètre sur la planche de bord.

Celles de Giovanni Agnelli se signalent par l’originalité, sinon l’extravagance de leurs lignes.
Notamment la 375 America de 1955 et la 400 Superamerica de 1959 arborant une calandre
rectangulaire et verticale. Ces dernières années, la naissance de plusieurs commandes spéciales
éclaire d’un jour nouveau l’existence de ces Ferrari réalisées à l’unité pour une poignée de
privilégiés au cours des décennies 50-60. En 2006, le carrossier Zagato a ouvert le bal avec
une fidèle évocation de la 250 GTZ de 1956 sur la base de la 575 GTC.


Exposé au salon de Genève, ce modèle unique commandé par l’homme d’affaires japonais Y. Hayashi usait des attributs chers au carrossier : toit à double bosse, ailes très renflées et ligne de caisse en forme de vague.

Le sensationnel vint pourtant de Pininfarina, le couturier italien le plus prolifique en matière de commande spéciale.

Le « coupable » du retour du carrossier de Grugliasco à la haute couture n’était autre que l’Américain James Glickenhaus.
Déjà possesseur de plusieurs exemplaires frappés du cheval cabré dont une P4 de 1967 (prototype du Mans), la Ferrari la plus onéreuse, ce new-yorkais de 56 ans qui a constitué sa fortune en Bourse et dans le cinéma voulait se confectionner une Ferrari sur-mesure. Il semble que le concept Birdcage 75th réalisé en 2005 par Pininfarina a été l’élément déclencheur de l’opération. En moins d’un an, à partir de sa Enzo, la demande de Glickenhaus a accouché d’une splendide interprétation moderne de la P4 et du concept 250 P5 de 1968.

Si le coût, sans doute partagé, de cette P4/5 n’est pas étalé sur la place publique, il doit se chiffrer à plusieurs millions d’euros. Pleinement aboutie et homologuée pour la route, la P4/5, signée du designer Jason Catriosta, satisfait aux contraintes législatives. Le propriétaire de la P4/5 est intervenu pour la confection de l’intérieur. Sous l’influence de ses deux enfants, le tableau de bord loge un Tablet PC embarquant un téléphone cellulaire, un lecteur MP3, un GPC, un chrono.


Voici un mois, le département « projets spéciaux » de Pininfarina a présenté sa dernière création issue d’une commande spéciale
. Développée à partir d’une 599 GTB Fiorano et baptisé P540 Superfast Aperta, le nouveau bébé transformé en Targa a été assemblé chez Ferrari à Maranello. 
Ce modèle unique est le fruit d’une demande de Edward Walson, le fils de John Walson, l’inventeur de la télévision par câble. Le style de la P540 Superfast Aperta s’inspire de la Ferrari 330 réalisée par la carrosserie Fantuzzi spécialement pour le film « Toby Dammit » de Roberto Fellini en 1968.

La dernière réalisation de Pininfarina : la P540 Superfats Aperta s’inspire de la Ferrari 330 réalisée par la carrosserie Fantuzzi spécialement pour le film « Toby Dammit » de Roberto Fellini en 1968.

A l’ère du formatage, ce retour aux sources, au meilleur de l’automobile, rappelle à nos esprits les pouvoirs de la fantaisie et des rêves.


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